Les neurosciences à l’école

Mme Maraval, enseignante en moyenne et grande sections, nous raconte comment et pourquoi elle a souhaité appliquer l’approche des neurosciences dans sa classe, depuis 2 ans déjà.

Bonjour Madame Maraval, pourquoi avez-vous décidé d’utiliser les neurosciences dans vos méthodes d’enseignements ?

Ce qui m’a amené à cela, c’est d’abord la rencontre entre les constats de ma pratique professionnelle et les résultats des travaux de recherche en neurosciences.

Malgré la réforme des rythmes scolaires, j’avais le sentiment de courir après le temps et de ne pas aller au bout des apprentissages. Tous les ans, je constatais qu’avec certains élèves « ça ne prenait pas », malgré la mise en place d’une pédagogie de différenciation, qui devenait, elle aussi, de plus en plus difficile à élaborer au regard de la spécificité de chaque élève. J’avais l’impression de formater les élèves, de devoir les faire avancer coûte que coûte dans un programme scolaire, à un rythme assez uniforme. En résumé, je restais avec un sentiment d’inachevé, et l’impression de ne pas répondre aux besoins individuels de chaque élève, avec en plus, un stress quotidien dans l’enchaînement des activités.

Comment avez-vous alors amené les neurosciences dans votre classe ?

Je me suis intéressée aux récents travaux sur les neurosciences, ils ont permis une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau et du développement de l’intelligence humaine. Je me suis plus particulièrement intéressée à l’expérience menée par Céline Alvarez à Gennevilliers, une expérience basée sur les lois naturelles de l’enfant. J’ai pu aussi partager et échanger, durant un an, avec deux enseignants qui s’étaient lancés dans ce changement de pratiques pédagogiques.

C’est donc la prise en compte des derniers travaux en neurosciences dans les nouveaux programmes de maternelle mais aussi ma rencontre avec Céline Alvarez, d’un grand soutien, qui ont fini de me convaincre de changer mes pratiques et mon approche pédagogique.

Pouvez-vous nous raconter comment se sont passés les débuts en classe ? 

Cette nouvelle approche nécessite de nombreuses remises en question, assez déstabilisantes mais néanmoins nécessaires, au niveau des activités proposées, de l’aménagement de la classe, concernant la relation avec l’ATSEM et son rôle dans la classe ainsi qu’au niveau de l’individualisation du suivi des élèves et des façons de leur transmettre le savoir. La mise en place a donc été déstabilisante.

Il en a été de même pour les élèves qui découvraient cette approche alors qu’ils étaient formatés et habitués à travailler en atelier, à faire ce qu’on leur demandait et à appliquer la consigne telle quelle. Les parents d’élèves quant à eux, et malgré la confiance qu’ils me portent et des explications éclairées, ont pu se montrer parfois sceptiques voire un peu inquiets.

Le maître mot est alors lâché : « la confiance ». C’est en effet là qu’est la clé de la réussite, elle est dans la confiance en soi, en sa capacité à faire évoluer ses pratiques pédagogiques. Il s’agissait aussi de faire confiance aux élèves, de croire en leur capacité d’apprentissage à tous. Et c’est l’instauration de ce climat de confiance qui a permis aux enfants dans un premier temps déroutés, de se familiariser avec leur libre choix et d’avoir plus confiance en eux.

Pensez-vous aujourd’hui que ce soit une réussite ?

Les premières semaines sont les plus difficiles à passer, et à ce moment, ce sont les doutes et le découragement qui nous guettent. Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de la communauté d’enseignants, de Céline Alvarez et de mon ATSEM, Marie-Françoise, pourtant à la veille de son départ en retraite ! Et au bout de quelques semaines, quand la « mayonnaise a pris », comme le dit l’expression, ce fut une grande joie et une grande satisfaction.

J’ai alors pu, tout au long de l’année scolaire, inviter les parents à venir partager un temps de classe, pour découvrir et observer ces nouvelles pratiques. Ils ont tous été surpris par le calme qui régnait dans la classe, par le fait que tous travaillaient alors qu’aucune consigne ne leur avait été donnée et par le plaisir que prenait chaque élève à faire son activité.

Quel bilan feriez-vous du point de vue de l’enseignante que vous êtes ?

Je ressens une plus grande sérénité au quotidien et je la transmets aux enfants. J’ai l’impression d’avoir redécouvert mon métier et cela m’a motivé à poursuivre mes recherches sur les neurosciences à l’école, pour continuer à perfectionner mon travail. Je peux dire que j’ai une meilleure connaissance individuelle du niveau de chaque élève dans chacun des domaines d’apprentissage.

J’ajouterai que je n’ai aucune envie de revenir en arrière et que j’apprécie pleinement les petits moments de bonheur auxquels je prends désormais le temps d’assister : la joie d’un enfant qui réussit seul un travail, l’entraide entre les élèves, le développement de leur autonomie.

Et pour les élèves ?

Ils ont gagné en confiance et en autonomie. La mise en avant de leur motivation endogène leur a permis d’exercer leur libre choix d’activité et ainsi de progresser de manière plus performante dans les apprentissages. La possibilité de faire et refaire de multiples fois une activité leur permet d’accéder à une meilleure automatisation des connaissances. La mise en place d’un climat de bienveillance et de confiance a permis de développer le bien-être des enfants et leur plaisir à venir en classe pour apprendre. Ils ont amélioré leur capacité de concentration et leur acceptation de l’erreur, indispensable à tout apprentissage. De plus, ils communiquent davantage avec leur famille à la maison.

Pour conclure, qu’auriez-vous envie de nous partager ?

Je voudrais insister sur deux critiques parfois entendues et y répondre. Cette approche pédagogique n’a nullement pour objectif de faire de nos élèves de petits surdoués. Elle a pour seule priorité de permettre à l’enfant de construire la meilleure architecture de l’intelligence (tant sociale que professionnelle) du futur adulte qu’il sera. Les neurosciences nous ont révélé que celle-ci se construit durant la période sensible de 3 à 6 ans, notre responsabilité d’enseignant de maternelle est d’en faire notre unique objectif.

Ensuite, je souhaite aussi rappeler que cette approche pédagogique n’est pas l’application de la méthode Montessori, même si l’on utilise du matériel Montessori et que l’on s’inspire des travaux du docteur Maria Montessori. De même, si l’on vise l’autonomie de l’enfant et l’individualisation de ses apprentissages, l’accent est mis sur le lien entre les élèves, la coopération, l’apprentissage par et entre pairs, les activités collectives. La classe reste une petite communauté de vie où l’on échange beaucoup et l’on partage des projets pour apprendre ensemble, comme cette année avec le projet du Tour du monde.

En savoir plus sur les neurosciences et Céline Alvarez

www.celinealvarez.org

Découvrir une vidéo sur la plasticité du cerveau

www.youtube.com/watch?v=pnF21M30U_U

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